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Histoire de Lyon - 1/5
 

Un autre regard sur l’histoire de Lyon vue par un homme de lettres du début du siècle. Voici le premier des 5 chapitres de l’antiquité à la fin du 19ème siècle.


Dans ses Mémoires d’un touriste Stendhal consacre quelques pages à Lyon ; en vérité, il est difficile d’admettre qu’un des esprits les plus brillants du commencement de ce siècle ait si mal vu cette ville, dont il ne parle qu’avec une sorte de dédain. Il règne dans cette courte étendue une sorte d’âpreté malveillante que rien ne justifie, et qui se résume en ce seul mot écrit à toutes les pages : Ennui ! Ennui !

"Lyon m’a rendu triste", dit-il ; et, pour lui, il croit avoir décrit la cité et compris le véritable esprit de sa population, quand il a raillé ses souvenirs, exagéré quelques défauts, aiguisé quelque critique acerbe, et plus hargneuse que spirituelle.

N’en déplaise à nos écrivains, pour qui Lyon semble avoir toujours été un épouvantail - témoin Dumas lui-même qui, malgré sa prolixité ordinaire, ne consacre à Lyon que deux cents lignes d’une banalité désespérante, - je sache peu de cités plus intéressantes, par cette raison que son histoire se confond avec celle de la France, que pas un grand événement n’a agité la patrie qui n’y ait eu son retentissement, et que nos plus anciennes annales se retrouvent taillées dans la pierre de ses monuments.

Mérimée lui-même a perdu toute sa verve en face de Lyon, et dans ses Notes d’un voyage dans le midi de la France, il ne s’est souvenu que de son titre officiel d’inspecteur des monuments historiques. Du moins, son étude, pour être courte et sèche, n’est-elle pas empreinte de la partialité quasi haineuse qui guidait la plume de Stendhal.

Nous allons tenter de reconstituer rapidement l’histoire de la ville à laquelle Rousseau adressait, au XVIIIe siècle, ces vers dithyrambiques :

Ville heureuse, qui fais l’ornement de la France,

Trésor de l’univers, source de l’abondance,

Lyon, séjour charmant des enfants de Plutus !

De mille éclats divers, tu brilles à la fois,

Et ton peuple opulent semble un peuple de rois !...

Mes lecteurs ne seront pas peu surpris d’apprendre ce qu’était Lyon aux temps antédiluviens. Il est bien entendu que je n’affirme rien sur ma propre expérience, et je crois, sur la déclaration de deux savants, MM. Chantre et Lartet, que les anciens glaciers de la vallée du Rhône étaient semblables en étendue et en puissance à ceux du Groënland.

Les éléphants avaient pris possession de ce vaste territoire sur lequel la ville est construite aujourd’hui ; les environs sont un vaste cimetière d’éléphants. Leurs restes se rencontrent partout, même dans l’intérieur de la ville, et c’est dans l’une de ses rues qu’a été trouvé le beau squelette qui fait l’ornement du muséum.

A l’époque quaternaire, d’immenses forêts, des pâturages, des tourbières couvraient le territoire, donnant asile aux ours, aux rhinocéros, aux chevaux, petits et trapus, aux boeufs gigantesques.

"Entre ces glaciers et ces marécages, dit le remarquable travail de MM. Chantre et Lartet, s’élevaient des collines revêtues de forêts de sapins, d’épicéas, de pins ; dans les vallées, les frênes, les chênes, les bouleaux, les trembles et les aulnes formaient de sombres forêts... le renne hantait les lieux élevés, les plateaux et les abords de glaciers, afin de pouvoir facilement se coucher sur la glace et sur la neige. Les rongeurs fourmillaient partout, et la marmotte faisait entendre son sifflement strident et répété, pendant que la chouette harfang remplissait la forêt de son cri plaintif et prolongé. Le ciel devait être souvent gris et terne, l’air froid et surchargé d’humidité ; le soleil devait se montrer rarement sous ce rude climat. Tel devait être l’aspect de notre pays à l’époque glaciaire, lorsque notre race était encore à son aurore".

Franchissons maintenant plusieurs milliers d’années. Le territoire appartient aux Ségusiaves. Les Romains s’en emparent et fondent une première colonie. On adjoint aux Ségusiaves un des petits peuples de la Confédération éduenne. "César, disent les Commentaires, conduisit ses troupes dans le pays des Allobroges, puis chez les Ségusiaves, qui sont le premier peuple hors de la province au delà du Rhône".

Donc, en réalité, Lyon n’existait pas encore à l’époque de César, ainsi que le prouvent les études de M. Aug. Bernard  ; cette ville ne fut fondée que quelques années après la conquête des Gaules. Comme colonie, elle jouit d’abord de certains privilèges qui la rendaient indépendante.

Elle acquit bientôt une importance telle qu’on la choisit pour être la métropole de la Celtique, qui prit même son nom, Gaule lyonnaise, lors de la première division régulière des Gaules, sous Auguste.

Plus tard, Agrippa lui donna une importance nouvelle.

" Lyon, dit Strabon, est placé au milieu de la Gaule et est comme le coeur de ce pays, tant à cause du confluent de deux grandes rivières qu’en raison de sa proximité de toutes les parties de cette contrée. C’est pourquoi Agrippa en fit le point de départ des grandes routes : la première, traversant les Cévennes, conduit en Aquitaine, la seconde au Rhin, la troisième à l’Océan, la quatrième à la Méditerranée". Et Strabon ajoute - c’est Stendhal lui-même qui traduit - "que Lugdunum ne le cédait qu’à Narbonne pour l’importance et la richesse".

Elle fut réduite en cendres sous le règne de Néron, et Sénèque écrivit cette phrase admirable, qui fait le désespoir des traducteurs : "Una nox fuit inter urbem maximam et nullam"... "Entre tout et rien, il y eut une nuit".

Sous Dioclétien, à la fin du IIIe siècle, la Gaule fut divisée en deux provinces, Première et Seconde Lyonnaise, ayant pour chefs-lieux Lyon et Rouen. Un siècle plus tard, les divisions furent portées au nombre de quatre. Les deux nouveaux chefs-lieux étaient Tours et Sens.

Mais, on le voit, Lyon était en réalité la métropole des Gaules, la primatiale de la Celtique, le chef-lieu de trois provinces chevelues : Aquitaine, Belgique et Celtique. Au IVe siècle, quand Alaric vint menacer Rome, on songea à transporter dans la cité nouvelle le siége de l’Empire romain.

C’est que déjà "la civilisation avait entièrement brisé l’ancien ordre de choses et transformé la Gaule". Lyon était devenue le centre des affaires de l’Occident.

Détail curieux, Lyon fut tout d’abord une colonie d’exilés. Lucius Plancus s’empara du petit bourg des Ségusiaves et y fonda un établissement pour une partie de la population de Vienne, qui en avait été chassée à la suite de dissensions civiles. Est-ce donc cet ancien noyau de lutteurs qui a germé à travers les siècles et qui a laissé dans l’esprit lyonnais le caractère d’indépendance presque indomptable que rien ne peut ni ne pourra jamais abattre ?

Lyon, ville batailleuse, défend jusqu’à la mort le parti qu’elle a embrassé ; en 197, après l’assassinat de l’empereur Pertinax par les prétoriens, deux compétiteurs se disputent l’empire : Lyon défend Albinus, mais Sévère s’en empare, la réduit en cendres et passe les habitants au fil de l’épée. Puis la ville se jette dans les bras du christianisme ; Pothin, et après lui Irénée, périssent martyrs avec plus de 2.000 habitants.

Nouvelles catastrophes : Lyon est pris d’assaut et pillé par les barbares. Au VIIIe siècle, les Sarrasins saccagent et détruisent la ville. Avec Charlemagne, commence une ère de calme pendant laquelle elle se relève de ses ruines.

On nous pardonnera de passer rapidement sur ces périodes éloignées dont l’étude rentrerait mieux dans un travail purement historique. Sous Charlemagne, Lyon se relève et, à sa mort, devient la capitale du royaume de Provence : puis par une de ces vicissitudes si fréquentes aux temps de la grande féodalité, l’archevêque de Lyon, Burchard II, usurpe le pouvoir temporel et devient le souverain de Lyon.

Mais la bourgeoisie lyonnaise, fatiguée de l’oppression ecclésiastique, lutte pendant plus d’un siècle. Elle fait appel aux rois de France, Louis IX, Philippe le Bel, et enfin Louis le Hutin, s’efforçant d’arracher la ville à l’usurpation, et enfin, au XIVe siècle, Lyon recouvre le droit de se gouverner elle-même par douze consuls élus.

Qu’il nous soit permis de nous arrêter ici un instant. L’auteur qui écrit ces lignes professe - il l’avoue hautement - une réelle admiration pour le seul roi de France qui, à son sens, ait été digne du rôle que lui assignait son époque. Cet homme, c’est Louis XI. Et c’est avec une véritable joie qu’il saisit cette occasion de lui rendre un hommage qui est, non pas le premier, mais du moins une des plus publiques réponses qui aient été adressées aux calomniateurs du seul souverain pour lequel la France doive, malgré son état royal, conserver quelque reconnaissance.

Dans le chapitre suivant, nous expliquerons ce que Louis XI a fait pour l’industrie lyonnaise, dont il est le vrai créateur. Ici, laissons la parole aux faits politiques. Ce fut à Lyon que, le 6 mai 1476, Louis XI signa avec le roi René le traité qui donnait la Provence à la France.

Pétrarque était venu passer à Lyon une partie du mois d’août 1330, et en avait fait dans ses lettres une description éloquente. Plus tard, en 1419, Gerson y avait passé les dernières années de sa vie. C’est là, sur la rive gauche de la Saône, que fut écrite cette Imitation qui, si discutable qu’elle soit, n’en est pas moins la plus splendide expression de la vie spirituelle, de la pensée, contre les brutalités du moyen age.

Bientôt à l’étroit dans le triangle dont le sommet est vers le Sud, au confluent des deux cours d’eau, Lyon s’est étendue au loin sur les quatre rives de ses fleuves, elle a envahi toutes les hauteurs qui la dominent au nord et à l’ouest.

Les privilèges accordés aux habitants étaient de nature à en augmenter le nombre. "Un bourgeois vend son vin sans payer aide ni octroi : les ouvriers de tous métiers exercent librement leur profession et sans payer maîtrise ; les citoyens ont les clefs de leur ville. Ils montent la garde chaque jour et à tour de rôle. Ils sont enrégimentés par compagnies et pennonages ; leurs pennons ou officiers sont nommés par le consulat, d’accord avec le lieutenant du roi ; les citoyens sont exempts du ban et de l’arrière-ban pour les fiefs et seigneuries qu’ils peuvent posséder dans le royaume ; ils sont dispensés de loger les gens de guerre, ne paient ni redevances ni impôts pour les immeubles qu’ils ont soit à Lyon, soit ailleurs... Enfin, ils sont gouvernés par le droit romain, en tant que ce droit n’est en opposition ni avec les lois fondamentales de la monarchie ni avec les ordonnances des rois".

La ville avait cependant son mode de contribuer aux charges publiques. A chaque avénement, elle demandait confirmation de ses priviléges, ce qui lui était accordé à un prix plus ou moins élevé. Le consulat ou corps de ville, qui se composait du prévôt des marchands et des échevins, envoyait à Paris une députation municipale qui traitait, avec le nouveau roi, de la ferme des gabelles et des droits à payer pour l’introduction à Lyon des draps d’or et de soie fabriqués à l’étranger.

Si le trésor public était insuffisant à payer certaines dépenses, le roi empruntait à la ville de Lyon, et affectait au remboursement tantôt les revenus à venir de telle contrée voisine, tantôt une convention de péage ou d’impôts à prélever sur le péage des farines ou sur le vin vendu au cabaret. Au XVe siècle, il y avait douze échevins présidés par un prévôt des marchands. Ils étaient électifs et portaient la robe de velours violet. Tous les ans il y avait élection de six conseillers et on ne pouvait réélire ceux sortis l’année précédente.

Encore au XIVe siècle, pour l’élection, on convoquait tous les citoyens à l’église Saint-Jacques, et là, bourgeois et ouvrier, chacun votait en toute liberté. Au XVe siècle, l’élection était faite par les notables ouvriers. Mais la bourgeoisie était en réalité maîtresse. Chacun des soixante-douze métiers avait deux notables, nommés par le maire et par les échevins. Le procureur de la ville et le greffier étaient inamovibles, mais sans voix délibérative.

Le commandant des trente-six pennonages qui constituaient la force publique était présenté par les échevins et nommé par le roi. Les foires furent à la fois le principal objet de la sollicitude du sénéchal, du consulat et du roi Louis XI. Par ses lettres au parlement du 8 mars 1462, il frappa les foires de Genève qui ruinaient celles de Lyon en interdisant le transit des marchandises par ses Etats.

Il ordonna qu’au lieu des trois foires octroyées pour un temps limité, il y en eût quatre, pour être tenues perpétuellement durant quinze jours entiers, commençant la première le lundi de Quasimodo, la deuxième le 4 août, la troisième le 3 novembre, la quatrième le lundi après la fête des Rois.

Autorisation de s’y servir de tout or et de tout argent et de toutes les voies possibles d’échange : promesse aux marchands de pouvoir faire entrer et sortir leurs marchandises sous ce règne et les suivants : "Désirant de tout son pouvoir augmenter et meilleurer lesdites foires et attraire les marchands à icelles, il octroye de grâce spéciale aux échevins pouvoir et autorité d’élire et commettre aucun homme suffisant et idoine, toutes fois que besoin sera, pour empêcher qu’aucun agent de la force publique ne fasse aux marchands aucune vexation ni extorsion : afin que lesdicts commis les accordent amiablement ou qu’ils nomment pour arbitres chargés de les accommoder deux marchands non suspects ; enfin, que si ces derniers ne peuvent les mettre d’accord, il les renvoye devant le juge à qui il appartiendra d’en connoître".

Je ne sais si c’est à Plessis-lez-Tours, entre Olivier le Daim et Tristan l’Hermite que Louis XI a conçu de telles ordonnances. Si cela est, Olivier et Tristan étaient d’honnêtes conseillers, auxquels Casimir Delavigne aurait dû, par égard pour la vérité historique, épargner, ainsi qu’à leur maître, un coup de pied plus ridicule que tragique.

La bailli de Mâcon devenu sénéchal de Lyon avait le titre de juge conservateur. Il représentait la justice royale. Tous devenaient égaux en matière de commerce. "Ce tribunal pouvait ordonner la contrainte par corps contre les débiteurs fugitifs ; les arrêts étaient exécutoires dans toute la France. Tout marchand pouvait faire actionner un étranger à Lyon même". La juridiction des notables prud’hommes était plus prompte et à la disposition de tous. Le tribunal de conservation est devenu le tribunal de commerce.

A suivre ...


Jules Lermina

(1839-1915)

Cet homme de lettres a eu une production importante - et dans des registres très variés - tout au long d’une carrière marquée également par de forts engagements politiques en faveur de la république et du socialisme.

JéM
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