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Histoire de Lyon - 2/5
 

Un autre regard sur l’histoire de Lyon vue par un homme de lettres du début du siècle. Voici le deuxième des 5 chapitres de l’antiquité à la fin du 19ème siècle.


Nous parlerons plus loin de ce que Louis XI a fait pour l’industrie de la soie. Mais ce n’est pas tout encore. Louis avait tout tenté pour propager en France l’art nouveau de l’imprimerie. Cesarius et Stoll, sortis de l’atelier d’Ulric Gering, vinrent fonder une imprimerie à Lyon. On signale aussi dans ce temps celle de Guillaume Leroy. Celui-ci sous les auspices d’un capitalisme zélé, nommé Barthélemy Buyer, éditait, le 16 septembre 1473, le Compendium in-4° du cardinal-diacre Lothaire, ouvrage qui ne tarda pas à suivre en 1476 le Légende dorée in-folio de la Vie des Saints.

On y travaillait pendant le séjour de Louis XI à Lyon. Dès lors le commerce prend une grande extension.

Au XVIe siècle, les protestants s’emparent plusieurs fois de la ville. C’est une horrible histoire que celle des persécutions et des cruautés exercées par les deux partis. Un hôpital très-ancien et une église sous le vocable de Notre-Dame de la Saônerie occupaient le fond de la place de la Douane. La chapelle et la récluserie de Saint-Eloy se trouvaient là auprès de la Saône et obstruaient l’entrée de la place.

Lorsque les protestants s’emparèrent de Lyon, en 1562, le capitaine du Tenoyl occupait ce port et s’y défendit vigoureusement. Mais, obligé de capituler, il fut fait prisonnier et conduit au château de Pierre-Scize. Les illustres banquiers florentins, les Médicis, avaient, dans une rue nommée de l’Angèle, une succursale de leur banque, en 1496. Le nom de la maison disparut en 1548, lorsque Henri II et Catherine de Médicis vinrent à Lyon. Ils se fussent sentis humiliés, étant de ligne royale, de trouver des parents qui gagnassent leur vie en travaillant.

Tout s’efface devant l’infâme boucherie de la Saint-Barthélemy. Les portes de la ville furent fermées, par ordre de Mandelot, lieutenant du duc de Nemours, gouverneur ; puis, sous prétexte de protéger les protestants contre la fureur des catholiques, le misérable les fit mettre en prison, les livrant ainsi aux assassins qui se ruèrent sur leurs ennemis et les égorgèrent pêle-mêle. Mandelot s’était éloigné avec sa garde, pour laisser le champ libre aux meurtriers, et, pendant ce temps, trois cents malheureux, réfugiés à l’archevêché, tombaient sous les coups des bandits catholiques.

Le bourreau avait refusé de les aider. On comprend que le levain de liberté qui fermentait dans le coeur des Lyonnais ne demandât qu’une occasion pour s’aigrir encore. Lyon, après l’assassinat du duc de Guise, s’allia nettement à la Ligue, et ne se soumit à Henri IV qu’en 1594.

Pour la récompenser de son dévouement, le Père du peuple, l’honnête Henri IV, lui enleva ses franchises et ses libertés civiques. C’est pourquoi, sans doute, la statue de Henri IV décore la façade de l’Hôtel de Ville.

Le 12 septembre 1642, un lugubre cortége s’arrêtait sur la place des Terreaux, encombrée de populaire, et au milieu de laquelle se dressait un échafaud. Un mauvais carrosse de louage fendait la foule que repoussaient les gardes...

Cinq-Mars descendit le premier : il était vêtu d’un habit couleur noisette, couvert de dentelles d’or, portant un chapeau retroussé à la catalane, des bas blancs bordés de dentelle, et un manteau d’écarlate. Devant lui, de Thou, vêtu d’un habit de deuil.

Cinq-Mars monta le premier sur l’échafaud, chapeau en tête. Un garde voulut lui découvrir la tête, mais d’un mouvement brusque, Cinq-Mars enfonça la coiffure sur son front. Il fit la révérence à toute l’assemblée, dit un récit du temps, ayant la main gauche sur le côté, avec la même grâce et la même démarche qu’il avait dans la chambre du roi.

Puis il se mit à genoux, embrassa le billot, pencha la tête dessus en demandant à l’exécuteur : - "Est-ce bien ainsi que je dois me mettre ?" Il remit aux mains du jésuite qui l’accompagnait, une boîte contenant un portrait et le pria de le brûler. Il prit ensuite les ciseaux et se coupa la moustache. Il se tourna enfin vers le poteau et l’embrassa étroitement :

  • "Frappe", dit-il au bourreau.

Et la tête, tranchée d’un seul coup, fit plusieurs bonds en tombant. De Thou monta à son tour, le chapeau à la main, le manteau sur le bras. Celui-ci n’affecta pas de pose théâtrale. Il eut un mot profondément sincère. Montrant le corps de Cinq-Mars, gisant à ses pieds :

  • "Je suis homme, dit-il, je crains la mort, cet objet me trouble, je vous demande, par aumône, de quoi me bander la vue".

Puis il se fit lier au poteau. Le bourreau frappa douze coups avant de séparer la tête du tronc. Pauvre de Thou ! victime de l’amitié, il inspire à tous une profonde amitié. Mais Cinq-Mars était un coupable, et, si effrayante que soit la grande figure de Richelieu, c’est une faute que de lui reprocher cet acte de justice, qui punissait un traître vendant sa patrie à l’étranger.

Pour donner au lecteur une idée de ce qu’était Lyon à cette époque, je ne crois pouvoir mieux faire que d’emprunter à un naïf voyageur du XVIIe siècle, Jouvin de Rochefort, les lignes qui suivent et qui datent de 1672 :

  • " Lyon , dit mon touriste inconnu, a de quoi se glorifier de tant de merveilles qui l’accompagnent, qu’elle peut estre seule une Florence la belle, une Naples la gentille et une Gênes la superbe, renfermant en elle ce que les trois autres ont de remarquables séparément. Son climat est doux, son assiette agréable, ses places magnifiques, ses palais somptueux et ses habitants lestes (sic), qui sont les parties qui composent la beauté d’une ville...
  • "Quand on en considère la situation, elle paraît bornée de deux hautes montagnes et arrosée de deux larges fleuves, entre lesquels se forme une vaste péninsule, où l’abbaye d’Ainay fait la pointe et le commencement, la montagne Saint-Sébastien, qui lui sert de boulevard et d’écran contre les vents du nord, qui poussent souvent la bise avec trop de violence".

Mon voyageur monte à Fourvières et se pâme devant le tableau. Il descend ensuite de ce haut lieu "où sont plusieurs belles maisons avec leurs jardinages, pour aller à Saint-Just qui est une chanoinie bien riche, auprès d’une porte de la ville du même nim, par où il faut sortir pour aller voir le Prieuré, Saint-Irénée et quelques antiquités des Romains".

  • "Les Minimes ont un très beau couvent proche l’église Saint-Just, au-dessous de laquelle est celle de Saint-Georges, qui relève du grand commandeur de la province d’Auvergne. Ce jeune homme (son guide) nous montra au bord de l’eau une maison qui lui appartenait, en laquelle il y avait dix-huit ménages, tous gens qui travaillaient à faire des étoffes de soye. Il me semble y avoir compté sept étages, sans les caves qui sont aussi habitées, d’où on peut juger la quantité de monde qu’il y a dans la ville de Lyon".

Par la porte Saint-Georges, au bord de la Saône, il arrive au faubourg de Vaise, qu’il écrit Vèze, "où est le fort chasteau de Pierre Ancise (Pierre Scize), qui correspond au boulevard Saint-Jean, qui est à l’autre bord de la rivière. Il y a garnison dans les deux, mais le château de Pierre Ancise est le plus merveilleux à voir, bien qu’il ne soit pas de grande étendue ; car il n’est que dessus l’échine d’une partie de rocher, qui en est voisin et d’autant plus fort qu’il est escarpé du côté de la rivière, qui lui lave le pied, et de l’autre défendu d’un large espace en façon de fossé du côté de la montagne".

  • "On y monte par plusieurs degrés taillés dans le roc, et ce qu’il y a de plus plaisant, c’est une grosse source qui sort du rocher dans le chasteau, où est un donjon couvert de quelques pièces de canon, qui tiennent en défense l’entrée de la rivière de Saône et de la porte de Vèze, où la seule grande rue de la Juiverie nous conduit à la belle église Saint-Paul qui est une grande paroisse et riche chanoinie".

J’ai eu la curiosité de suivre pas à pas l’itinéraire de mon ancêtre, et dans cette rue de la Juiverie, occupée aujourd’hui par des tanneurs, j’ai découvert au fond d’une allée sordide et d’une cour non moins malpropre un véritable bijou architectural, oeuvre de Philibert Delorme, le célèbre Lyonnais né vers 1515.

Est-ce donc là une de ces oeuvres qui enthousiasmèrent le cardinal de Bellay au point de l’engager à entraîner Delorme à la cour de France ?

Au n° 11 de la rue Saint-Jean, j’ai eu la bonne fortune de découvrir un autre morceau remarquable. Hélas ! les Lyonnais se souviennent trop peu de ces vestiges du passé. Il nous appartient de les remettre en lumière. Une petite rue menait alors au couvent des Capucins et des Carmes déchaussés "qui ont des jardins et la veüe sur toute la ville".

Le palais du gouverneur, M. le duc de Villeroy, était situé sur le bord de la Saône "avec une belle terrasse", et en avant se trouvait la place neuve "où il y a une fontaine, mais ce n’est pas merveille qu’il y ait des fontaines à Lyon, puisqu’elle est assez voisine des montagnes".

Les titres de Villeroy formaient une liste interminable : Camille de Neuville de Villeroy, archevesque et comte primat des Gaules, lieutenant général au gouvernement de Lyon et pays de Lyonnais, Forey et Beaujolais, ayant justice particulière sous titre d’officialité, etc.

Trois ponts traversaient alors la Saône, allant à Fourvières qui était la pente la plus importante de Lyon : le pont Saint-Vincent, en pierre ; le pont Saint-Georges en bois, qui aboutissait par la rue de la Barre à la place Louis-le-Grand (Bellecour), et le pont de bois de Sainte-Claire d’Ainay au quartier Saint-Georges.

Puisque nous avons prononcé le nom d’Ainay, rappelons qu’à cette époque c’était à ce point que se trouvait le confluent de la Saône et du Rhône. Au delà, s’étendait une île qu’on appelait l’île Mogniat.

Sous Louis XIV, il avait été question de réunir l’île à la péninsule : mais le propriétaire avait su toucher le coeur du très-grand roi par une petitesse assez plate pour être prise en considération. Il lui avait adressé le quatrain suivant :

Qu’est-ce pour toi, grand monarque des Gaules,

Qu’un peu de sable et de graviers ?

Que faire de mon île ? Il n’y croît que des saules,

Et tu n’aimes que des lauriers.

Ce ne fut qu’en 1770 que Perrache (Antoine Michel), architecte et fils du sculpteur lyonnais auquel on doit le maître-autel de Saint-Nizier, conçut le plan véritablement digne d’une haute intelligence qui devait donner à la ville une importance plus grande encore. Conquérir d’immenses terrains à l’industrie était certes une magnifique pensée ; et plus méritoire fut l’oeuvre en raison des oppositions routinières que le bienfaiteur des Lyonnais eut à vaincre.

Au XVIIIe siècle, les étrangers qui venaient à Lyon logeaient aux environs de l’Arsenal et de Bellecour qui était déjà la promenade favorite.

  • "On y voit ordinairement la noblesse et tout le peuple qui se rendent par bandes sur ces quais qui sont très beaux : c’est où se tiennent des concerts, où se pratiquent toutes sortes d’honnestes galanteries, et où se voient mille beaux visages et mille personnes lestement vestues, sous les beaux ombrages de trois rangées d’arbres qui vont de bout en bout de cette place, où elles forment deux allées, dont une sert de mail, large de cinq cents pas. Autant qu’il y a de maisons qui l’environnent, ce sont autant de palais qui regardent une belle verdure au milieu de cette place si unie que de loin on la prendroit pour quelque tapis inventé par la mollesse turque".

Bravo, monsieur Jouvin de Rochefort. Voilà un vrai style et galant au dernier point.

Passant à la place des Terreaux, il déclare que ce qui donne tout le lustre à cette place, c’est le bâtiment majestueux de l’Hôtel de Ville.

  • "Quatre gros pavillons en font le dessin quant au dehors ; mais le dedans est quelque chose de plus parfait. Ce magnifique édifice efface la gloire de l’ouvrage d’Arthémise, à qui les sept merveilles que l’antiquité nous rend si fameuses pouvoient toutes le céder en ornement et en gentillesse, l’Amour en ayant été l’ingénieur".

On ne s’attendait guère à voir l’amour en cette affaire. De la place Bellecour aux Terreaux, c’était un dédale de rues dans lesquelles il n’était d’autre ligne à peu près droite que la rue Saint-Dominique aboutissant à la place Confort, aujourd’hui des Jacobins. Mais les quartiers de rue Thomassion, de rue Tupin, de la Croisette, du Plâtre étaient à vrai dire un labyrinthe inextricable.

Certes si le bon Jouvin de Rochefort revenait à la vie et qu’il se trouvât subitement transporté place des Jacobins, il ne s’écrierait plus tristement : "Cette place m’a douloureusement ému, en ceci qu’elle n’est point tant belle que telles autres de la ville".

En vérité, pour qui étudie, de façon si superficielle que ce soit, les villes du passé et nos admirables cités d’aujourd’hui, il est impossible de se défendre d’un sentiment d’orgueil et de ne pas déclarer hautement que, si colomnié qu’il soit par les esprits chagrins et haineux du progrès, le XIXe siècle surpasse ses devanciers de toute la distance qui sépare l’intelligence du bien-être général des satisfactions égoïstes réservées aux seuls privilégiés.

Il est un homme dont je ne voudrais point passer le nom sous silence, quand je parle des embellissements de Lyon : c’est celui de M. Chatron, l’excellent architecte auquel on doit les magnifiques constructions de la place des Jacobins et qui a attaché son nom aux remarquables bâtiments de l’exposition. C’est faire oeuvre bonne et utile que de consacrer sa vie à transformer sa ville natale, et c’est à ce titre que je salue en passant l’homme qui peut-être a travaillé le plus activement à justifier ce titre de seconde ville de France que Lyon mérite chaque jour davantage.

A suivre ...


Jules Lermina

(1839-1915)

Cet homme de lettres a eu une production importante - et dans des registres très variés - tout au long d’une carrière marquée également par de forts engagements politiques en faveur de la république et du socialisme.

JéM
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