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Histoire de Lyon - 3/5
 

Un autre regard sur l’histoire de Lyon vue par un homme de lettres du début du siècle. Voici le troisième des 5 chapitres de l’antiquité à la fin du 19ème siècle.


Je me suis longuement étendu sur le Lyon du XVIIIe siècle ; il me faut maintenant me hâter de retracer ses annales récentes. Mais ne sont-elles pas dans la mémoire de tous ? Le siége de Lyon par l’armée de la Convention a été cent fois décrit, et trop souvent on eut recours à cette arme pour détacher les Lyonnais de leurs convictions républicaines.

Mais peuvent-ils oublier que les émigrés et les ennemis de la France avaient tenté de faire de Lyon et du Midi une nouvelle Vendée, que les Anglais étaient attendus à Marseille comme en Bretagne ? Il fallait sauver le pays sous la crise la plus effroyable qu’il ait traversée. Le crime des traîtres était grand, la répression fut terrible. Mais la France était restée debout.

La véritable situation de Lyon au commencement du XIXe siècle est nettement présentée par ces quelques lignes, empruntées au grand historien national, M. Thiers : "Le comte d’Artois s’était rendu à Lyon après la première restauration".

"Cette grande ville n’était pas une de celles où la situation était la moins compliquée. A côté d’anciens royalistes, pleins du souvenir du siége de 1793, détestant la Révolution et ses oeuvres, et réunis avec exaltation sous leur ancien commandant, M. de Précy, on voyait une riche classe de commerçants manufacturiers, étrangers par leur âge aux souvenirs de 1793... La guerre maritime qui avait ruiné Nantes, Bordeaux, Marseille avait au contraire enrichi Lyon.

Elle était devenue le centre d’affaires le plus actif et le plus vaste... La possession de l’Italie, la faculté d’en tirer les soies brutes à bas prix, sa facilité de porter ses riches étoffes à tout le continent étaient des avantages que Lyon avait fort appréciés et qui diminuaient à vue d’oeil depuis que les mers étaient ouvertes et que les Anglais, aussi maîtres que les Autrichiens en Italie, faisaient renchérir les soies brutes en les achetant pour les travailler eux-mêmes.

A ces déplaisirs, il faut ajouter les exactions commises par les Autrichiens (qui avaient occupé la ville rendue par Augereau), et on comprendra les motifs divers qui rendaient froide au moins, sinon hostile à la cause royale, la classe des commerçants lyonnais...

Le peuple imitant ces divisions était partagé. Une portion peu nombreuse, mais ardente, s’était jointe aux royalistes. Le reste suivait en masse le parti contraire. Les royalistes se réunissaient dans un café et en sortaient quelquefois pour aller provoquer leurs adversaires... C’est au milieu de ce foyer brûlant que le comte d’Artois vint jeter de nouvelles matières incendiaires".

Le comte d’Artois disait très nettement qu’on avait beaucoup trop concédé à la Révolution. Il demandait s’il ne serait pas possible de rendre les biens nationaux...

Aussi Lyon fut-elle une des premières villes à acclamer la chute des Bourbons, lors du retour de l’île d’Elbe.

Lasse d’agitation, Lyon employa les quinze années suivantes à relever son commerce qui prit une immense extension. Nous arrivons aux douloureuses années 1831-1834.

Loin de nous la pensée de raviver des souvenirs pénibles. Cependant, au chapitre suivant qui traite spécialement de l’industrie et des ouvriers, nous expliquerons ce qu’étaient ces insurrections et peut-être parviendrons-nous à faire comprendre que le seul moyen d’en prévenir le retour, c’est de ne pas imiter ces trembleurs ridicules et dangereux qui, au seul mot de "question sociale", jettent les hauts cris et demandent la question préalable.

Il y a une question sociale, c’est-à-dire une étude naissant de rapports à établir entre le travailleur et le négociant, entre le fabricant premier et l’intermédiaire. Devine ou je te dévore, disait le sphinx. Au lieu de railler l’énigme en déniant la possibilité d’une solution, les hommes de bon vouloir doivent redoubler d’efforts pour répondre au sphinx et pour frayer au progrès réel une route large et libre.

Qu’on ne s’y trompe pas, c’est de la gêne économique que procède à Lyon tout mouvement révolutionnaire, et toutes les poignes de tous les Ducros du monde ne prévaudront pas contre la marche inflexible du progrès : tant que le caprice ou le mauvais vouloir tenteront de l’enrayer, il y aura résistance, lutte, explosion.

L’Empire haïssait Lyon  : cependant le coup d’Etat de Décembre n’avait soulevé aucune résistance sérieuse. Mais la proscription n’en fut pas moins exercée dans le département sur une vaste échelle : mauvaise précaution. Ce n’était pas assez, Lyon se taisait, mais il fallait lui ôter jusqu’au pouvoir de parler.

La municipalité élue fut supprimée d’un trait de plume. Et cet odieux régime de défiance et d’oppression devait durer jusqu’en septembre 1870. Certes, à en croire les officieux, la populace seule tenait à ses franchises et songeait à les revendiquer. C’est là un de ces mensonges auxquels nous ont habitués les feuilles impériales. C’est au contraire dans les rangs de la bourgeoisie que grandissent chaque année davantage l’antipathie profonde et le mépris qu’inspirait l’Empire. En vain, pour donner le change, bouleversait-on la ville, et d’une cité de travail et de commerce tendait-on à faire une seconde "auberge du monde".

Vint Sedan : Lyon proclama la République avant Paris.

Les événements qui suivirent appartiennent de trop près à l’histoire contemporaine pour que nous ne nous y arrêtions longuement. Mais nous signalons les excellentes tendances de l’esprit lyonnais, qui réagit contre le cléricalisme, par tous les moyens en son pouvoir, qui réclame la suppression des octrois, la laïcité de l’enseignement et fait preuve, en toute circonstance, de cette netteté de vues qui, depuis le moyen âge, n’a cessé d’être le propre de sa population intelligente et active.

Jetons en passant quelques fleurs sur l’honorable Ducros, dont le nom restera légendaire de Vaise à la Guillotière et de Perrache aux Brotteaux. Il serait injuste de méconnaître les immenses services que nous a rendus cet intransigeant de l’ordre moral. Grâce à lui, les esprits les plus prévenus ont éprouvé pour le régime du 24 mai la répulsion qu’il méritait, ses persécutions sottes et taquines ont contribué à l’établissement définitif de la République, à la formation du grand parti libéral. Et ce n’est pas là un mérite pour l’ami des Cocos et autres personnages qui semblent appartenir à quelque création fantaisiste d’un romancier.

En réglementant les enterrements civils et en attendant aux droits les plus sacrés de la liberté de conscience, le préfet Ducros a porté aux cléricaux un coup dont ils auront peine à se relever. Il laisse des monuments administratifs à la fois "odieux et burlesques bien faits pour inspirer des doutes sur la parfaite santé d’esprit de leur auteur".

Aujourd’hui, les dernières élections ont prouvé que Lyon était toujours la ville du bon sens et de la liberté. Les Ducros passent et la vérité reste.

Une nouvelle ère de progrès a commencé. Les passions s’apaisent et la confiance renait. Désormais, dégagée de ses préoccupations douloureuses, la grande cité marche d’un pas plus rapide et plus sûr à la tête de l’industrie française dont elle porte si haut et si noblement le drapeau.


Jules Lermina

(1839-1915)

Cet homme de lettres a eu une production importante - et dans des registres très variés - tout au long d’une carrière marquée également par de forts engagements politiques en faveur de la république et du socialisme.

JéM
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