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Les Traboules ou les mystères de Lyon.
 

Il y en a selon certains spécialistes plus de trois cents à Lyon mais aucun plan de la ville ne les indique. Les traboules sont aussi mystérieuses dans leur apparence que dans leur origine.


"Trabouler" viendrait du latin trans ambulare, "passer au travers". D’où l’expression "prendre un chemin de traboule" - qui traverse un immeuble d’un côté à l’autre - puis le verbe "trabouler" pour l’activité consistant à emprunter ces passages et enfin le substantif pour décrire ces passages, les traboules.

Les traboules est un concept lyonnais par essence. Hors de Lyon, il n’y en a quelques unes à Chambery et à Saint-Etienne, dans certaines villes d’Italie du Nord, à Salzbourg et à Prague.

Pourquoi est-il alors uniquement répandu à Lyon ? Nul ne le sait. Certains historiens ont évoqués le manque d’espace ou la nécessité de lieux de passage couverts pour transporter la soie. Mais cela n’est pas spécifique à Lyon et il y a des traboules dans le Vieux-Lyon où n’existe aucun atelier de soyeux.

La tradition de la discrétion lyonnaise.

Il est alors logique de se pencher sur la culture et l’organisation sociale lyonnaise. La vie publique et surtout politique était marquée par une nette division de la société entre ceux de la rive droite de la Saône - riches, bourgeois, catholiques et banquiers - et ceux de la rive gauche - populaire, artistes et libertaires. Les notions de "droite" et "gauche" seraient dit-on venu de cette opposition de la topographie lyonnaise.

Fort de cet antagonisme, la vie lyonnaise se serait organisée en réseaux concurrents, incitant les habitants à une extrême discrétion dans leurs activités. Comme le dit la Plaisante sagesse lyonnaise : "Si tu montres trop ta femme et tes pécuniaux, tu risques beaucoup qu’on te les emporte. Et pour ce qui est de les ravoir, y a des chances qu’elle te revienne plus vite qu’eux …" Sous-entendu les pécuniaux qui signifie l’argent. Ainsi ces lieux discrets et disposant de multiples entrées permettaient aux notables et autres acteurs d’aller et venir en toute quiétude.

Peu importe finalement l’origine précise de ces particularismes citadins : ils font partie de la ville, de son patrimoine, et de la pratique de ses habitants.

Plus prosaïquement, les traboules ont acquis un nouveau statut depuis le début du 20ème siècle : elle sont devenues des attraits touristiques. Ce succès s’accorde bien avec toute une série de représentations mentales que les Lyonnais se font parfois de leur ville et d’eux-mêmes, et que les visiteurs adoptent sans discuter.

Charmes du mystère, imagination ésotérique

La traboule n’est pas décelable de la rue. Son entrée se confond avec une banale porte d’immeuble, symbole crucial de la part de mystère qu’elle véhicule. Les traboules sont-elles le siège de sectes et de sociétés secrètes ? Le visiteur avide de sensations en frissonne d’avance avant d’en avoir franchi le seuil. Il s’imagine y croiser des inconnus rasant les murs, dans des grandes capelines noires au col relevé, regard vers le bas …

Au demeurant, l’usage qui en a été fait dans les siècles passés vient étayer cet imaginaire prolifique. C’est dans les traboules que se sont organisées les révoltes des Canuts, et beaucoup d’insurgés y ont laissé leur vie. C’est aussi dans les traboules et dans leurs boites aux lettres en de sombres couloirs que se sont diffusés pendant la seconde guerre mondiale, tracts, journaux clandestins, faux-papiers et messages de la résistance. C’est enfin grâce à ses passages labyrinthiques que nombre de personnes sont arrivées à semer leurs poursuivants et la Gestapo.

Les Traboules, lieu de l’ésotérisme.

Les traboules ont sans doute été rendues encore plus populaires en étant potentiellement le siège de diverses pratiques de magie ou d’hermétisme. c’est là que se sont tenues des messes noires et cultes à des puissances diaboliques. Cela fait partie du folklore lyonnais que les habitants entretiennent avec d’autant plus de facilité que cette réalité est, par définition, difficile à mesurer.

Pour ne citer qu’un exemple, il est aisé de citer Alan Kardec, célèbre lyonnais, un des fondateurs du spiritisme, le Mage Philippe qui pratiquait le magnétisme ainsi que les différentes sociétés à la désignation énigmatique telles que l’église néo-apostolique, la communauté spiritaine ou la société d’études psychiques.

Pourtant, il n’y a pas plus de messes noires à Lyon qu’ailleurs, et pas plus dans les traboules que dans le reste de Lyon. Le secret de leur magnétisme est sans doute à chercher encore ailleurs : tout simplement dans l’architecture des lieux et le mode de vie typique qu’elles impliquent. Une mode de vie fait de mesure, de débrouillardise et de fierté.

Dans les traboules de Saint-Jean et du Vieux-Lyon on trouve des merveilles architecturales : par exemple des bâtiments du XVIème siècle, six cours, des escaliers à vis, des couloirs enigmatiques, une vieille pompes sur celle qui va du 27 rue du Bœuf au 54 rue Saint-Jean. Le tout mis en valeur par des éclairages de qualité.

Le réseau des traboules révèle également des modes de vie particuliers. Eloignés des rues bruyantes et des avenues impersonnelles, on se sent comme dans un village. Tous les habitants se connaissent, s’entraident, et chacun y a sa place. Ce sont des lieux à taille humaine dans un ville qui l’est de moins en moins. C’est d’ailleurs pourquoi de nombreux ont élus domicile dans les traboules de la Croix-Rousse.

Les Traboules, lieu de visite.

Depuis que Lyon est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, les traboules font l’objet de "conventions de passage". Elles lient les propriétaires d’une part, la ville et la communauté urbaine d’autre part. Ces dernières s’engagent à entretenir, nettoyer et éclairer les lieux en échange d’une fréquence d’ouverture au public. Dans les faits, beaucoup d’entre elles sont désormais protégées par des digicodes sous la crainte de l’insécurité et des graffitis. Elles retrouvent progressivement sous l’assaut des "bobos" et des propriétaires conservateurs, l’ancien réflexe des bourgeois : se "claquemurer".

Les conséquences de ces fermetures ont d’abord pour conséquence de renforcer leur caractère mystérieux en forçant le visiteur amateur à un véritable travail de Sherlock Holmes : obtenir le code, amadouer les voisins, surveiller les entrées. L’autre conséquence est qu’un fois entré, on peut se retrouver stoppé par une grille, nous obligeant d’admirer l’architecture et le mode de vie au travers des barreaux de fer. Impossible dès lors de "trabouler"

Cela étant avec plus de trois cents traboules, les possibilités sont encore nombreuses. Si l’on ne parvient à pénétrer dans les plus belles ou les plus prestigieuses (2 montée du Gourguillon - 35 montée du Chemin-Neuf par exemple), il est possible de suivre des visites guidées qui elles donnent accès à certains de ses passages secrets.

Sujet réalisé grâce au dossier de Robert Colonna d’Istria dans le magazine Le Point dans son édition spéciale et régionale Lyon Insolite publié le 5 décembre 2003.


Comment aller :
- Dans des Jardinets invisibles à la Croix-Rousse : 7 rue de Belfort - 4 rue du Pavillon
- Sur les traces de la vie politique lyonnaise et des réunions de Herriot et du parti radical-socialiste : 8 rue du Plâtre - 23 rue Longue
- Dans les souvenirs de la résistance : 7 rue Bodin - 7 rue Grognard
- A la poursuite de l’âme anarchiste des Canuts : 20 montée des Carmélites - 21 rue Pierre-Blanc.

JéM
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