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Débat autour du film "Violences des Echanges en Milieu Tempéré"
 

Après avoir lu l’article du Journal du Management à propos du film réalisé par Jean-Marc Moutout et tourné à Lyon, Marie-Claude GERARD, consultante en Organisation, Management et Conduite du Changement, nous fait part de ses pertinentes réactions.


"J’ai lu l’article ainsi que les deux interviews, celle du co-scénariste et celle de Jean de CHEFFONTAINES, que je connais puisque je suis restée 4 ans chez Deloitte Consulting qui s’est transformé en Ineum Consulting.

Je suis allée voir le film en imaginant que j’allais trouver une caricature du métier. Et je souhaitais pouvoir argumenter face aux critiques que j’entendais de toutes parts sur ce film.

Il y a certes quelques imperfections (effectivement un junior n’a pas la compétence pour mener seul la mission qui lui est confiée), mais elles sont mineures et ne remettent pas en cause la problématique générale développée dans le film. J’ai beaucoup apprécié le réalisme du parallélisme entre l’intégration du junior et son éloignement avec son amie. Ses choix professionnels ont été effectivement structurants pour sa vie affective.

Ce film reflète bien, à mon avis, ce qui se passe dans les grands cabinets anglo-saxons. Je suis d’ailleurs étonnée des propos de Jean de CHEFFONTAINES et je pourrais citer quelques exemples de la vie quotidienne chez Deloitte Consulting dont il a été, comme moi, le témoin.
- Noël au Carrousel du Louvre, fin 2000, où une grande fête était organisée avec huîtres, champagne à profusion... Le but était clairement de fournir un défouloir aux jeunes consultants, leur donner la possibilité de faire la fête jusqu’au petit matin, pour leur faire oublier la violence des relations hiérarchiques, les conditions de travail inacceptables (les "staff" pour les consultants, dans des salles aveugles, avec une insuffisance de places..., n’a rien à voir avec le côté feutré et luxueux des bureaux des tours de la Défense montrés dans le film), le manque d’apprentissage, les très longues semaines de travail.
- Je pourrais également citer le "congrès de Cannes", fin 1999 où étaient réunis les responsables européens de Deloitte et auquel j’ai participé, ahurie. Des associés américains nous demandaient d’applaudir durant toute une matinée les meilleures missions européennes (entendons celles qui avaient dégagé le plus gros chiffre d’affaires).
- Je passe la médiocre qualité de la prestation rendue aux clients. Pour pouvoir conseiller des clients, il faut avoir de l’expérience. Des jeunes diplômés aussi brillants soient-ils, n’ont pas cette expérience. Citons aussi toutes les missions qui ne servent à rien (sauf à la marge du Cabinet et à la rémunération des associés). En effet, selon les cabinets anglo-saxons installés en Europe, 80% des projets visant à implanter des grands systèmes d’information intégrés, échouent et ne fonctionnent pas. Et pourtant, ils coûtent des dizaines, voire des centaines de millions de francs aux entreprises.

Alors, pourquoi une telle réalité ? Pour des raisons financières. Les associés ont des rémunérations très élevées qui peuvent aller jusqu’à 10 millions de francs par an. Pour mémoire les PDG des grandes entreprises publiques ont des rémunérations, en général, inférieures à 2 MF. La rémunération des associés impose un modèle de rentabilité qui guide tout le reste.

Je ne faisais pas partie des juniors donc je peux en parler facilement. Contrairement à ce que dit Jean de CHEFFONTAINES, ces juniors peuvent être "lâchés" seuls et sans encadrement sur un bout de mission de plusieurs mois, voire à l’étranger dans un pays dont ils ne parlent pas la langue. Ils communiquent avec leurs collègues en anglais et se débrouillent avec les salariés de l’entreprise cliente dont ils apprennent petit à petit la langue (c’est le cas actuellement des missions en Europe de l’est). J’ai participé à des comités d’évaluation au cours desquels on reprochait à des jeunes consultants de protester de telles règles de "staffing".

D’ailleurs, le "turnover" est très important dans ces grands cabinets. Les consultants y trouvent leur compte car ils sont bien payés (250 KF de salaire d’embauche pour un jeune diplômé) et se "font une carte de visite" car un passage dans ce type de structure est prisé dans le monde professionnel.

Leurs exigences (dont vous parlez dans votre article) ne sont pas toujours fondées sur l’éthique mais sont souvent le fait de revendications de confort de vie. La culture politique n’est pas beaucoup développée dans cette population et cette tranche.

Il faudrait aussi parler des infractions permanentes au droit du travail, le fait que l’on impose des journées de travail très longues (10 à 12 heures) sans compter les déplacements à l’étranger. Il faut préciser que, dans ces grands cabinets, il n’y a pas de syndicat, les instances représentatives (comité d’entreprise, délégués du personnel) sont très mal vues, au point que nous avions des consignes (bien entendu, toujours formulées de manière informelles) de ne pas staffer les élus du personnel, en attendant que, de guerre lasse, ils s’en aillent.

Les grands cabinets anglo-saxons constituent un avant poste de la mondialisation. On y parle en anglais, y compris au bureau de Paris, les logiciels, les méthodologies, les formations sont tous en anglais. Les ordres sont donnés par les américains qui organisent les priorités stratégiques, y compris en France et ne comprennent pas les spécificités par exemple, de nos entreprises publiques.

Jean de CHEFFONTAINES s’indignent des formules utilisées au cours de la fête chez Mc Gregor. Je citerais la formule couramment reprises chez les "big" pour décrire l’efficacité commerciale : "find the client, fuck the client, forget the client !".

Bien entendu, je ne mets pas en cause personnellement Jean de CHEFFONTAINES. Il est représentatif des associés des "big".

S’agissant de mon expérience personnelle, au bout de 6 mois chez Deloitte, j’avais un ulcère à l’estomac. J’ai souffert du conflit de valeurs à chaque fois que j’étais au bureau. J’ai refusé le staffing sur toutes les missions de "productivité" qui mettent en oeuvre des démarches similaires à celles présentées dans le film. J’essayais de me débrouiller pour organiser les missions dont j’étais responsable, de manière conforme à mes valeurs et mes engagements politiques. Mais je pense quant même, par ma seule présence, avoir été, de fait, solidaire de pratiques que je considère comme déviantes.

Finalement, j’ai choisi, plutôt que d’y laisser mon âme et ma santé de quitter Deloitte Consulting. Je précise que personne ne m’a incitée à partir, que je n’ai pas été licenciée. J’ai choisi de rejoindre un petit cabinet français dont l’équation économique n’imposait pas d’exercer le métier comme le font les "big five".

Non, ce film n’est pas une caricature ; la réalité est pire et beaucoup plus cynique !

Je voudrais conclure sur trois points :
- Dans le film, l’entreprise familiale est vendue à l’occasion, semble t-il, du départ en retraite du dirigeant. Sa responsabilité n’est à aucun moment mise en cause. Q’a t-il fait / pas fait depuis des années pour laisser la situation de son entreprise se détériorer au point d’aboutir à un plan social ?
- Je pense que l’ère des grands cabinets internationaux est révolue car ils font du mauvais travail, ils coûtent très cher aux clients, ils lassent les clients par leur arrogance et leur absence totale d’éthique, et leur discours creux.
- Au-delà de l’exemple des grands cabinets de conseil, on peut s’interroger sur la répartition des richesses entre les acteurs économiques, sur les choix qui sont opérés entre l’enrichissement de quelques uns et le service au plus grand nombre (cf. l’abandon des grands services publics et le renoncement à rechercher leur efficacité). Sans sombrer dans la caricature, il y aurait probablement des réajustements à opérer. Mais ça, c’est un autre sujet !

Je pense qu’à une époque de vastes restructurations mondiales de l’appareil de production, face à la montée des injustices sociales et au développement de la pauvreté, les personnes qui ont eu la chance de faire des longues études, ont le devoir éthique et civique de rechercher l’espace de compromis entre les contraintes économiques et les aspirations sociales. Ce propos peut apparaître un peu naïf, mais je nourris l’idéal qu’il est possible de viser un tel objectif. C’est, à 52 ans, ce que j’essaie de faire avec enthousiasme et conviction dans ma quotidienneté professionnelle.

Je vous autorise à diffuser mon témoignage de manière nominative."

Marie-Claude GERARD

Consultante en 0rganisation, Management et Conduite du Changement


La Fiche du film

Violence des échanges en milieu tempéré
- Film français (2002).
- Comédie dramatique.
- Durée : 1h 39mn.
- Date de sortie : 14 Janvier 2004

Réalisé par Jean-Marc Moutout

Avec :
- Jérémie Rénier (Philippe Seigner)
- Laurent Lucas (Hugo Paradis)
- Cylia Malki (Eva)
- Olivier Perrier (Roland Manin)
- Samir Guesmi (Adji Zerouane)
- Martine Chevallier (Suzanne Delmas)
- Thierry Molinaro (Pierre Cassignard)
- Nozha Khouadra (Samia Zerouane)
- Dani (La mère d’Eva)

- Scénario Olivier Gorce Jean-Marc Moutout
- Photo Claude Garnier
- Montage Marie-Hèle Mora
- Musique Silvain Vanot
- Production TS Productions
- Distribution Les Films du Losange

Prix & Festival :
- Festival du Film Français de Yokohama 2004 - Florence 2003

Tournage en Rhône-Alpes
- Le tournage s’est déroulé en octobre 2002 à Lyon (au confluent, rue Sainte-Catherine, rue Sainte-Hélène), Oullins, Mornant et ses environ


Synopsis

A 25 ans, Philippe arrive de province pour intégrer à Paris un grand cabinet de consultants en entreprise. Le matin de son premier jour de travail, il rencontre Eva, jeune mère célibataire dont il s’éprend. Sa première mission, qu’il aborde avec enthousiasme, est de préparer le rachat encore confidentiel d’une usine par un grand groupe. Ses premiers rapports sont convaincants. Il gagne la confiance de son chef qui lui confie une nouvelle responsabilité : sélectionner le personnel apte à travailler dans la nouvelle organisation de l’entreprise. Dès lors, Philippe doit se convaincre et convaincre Eva du bien fondé de sa tâche et faire face aux hommes et aux femmes dont il prépare le licenciement.

"Que reste t-il des sentiments quand le monde du travail cannibalise les existences ?"


Les Photos du film

Les photos sont sous © TS Productions - Cylia Malki, Laurent Lucas et Jérémie Renier. Utilisation à but exclusivement promotionnel pour le film.

JéM
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