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La 9ème Symphonie d’Eymeric François
 

Mercredi après-midi, sur les lieux de l’ancienne criée de la Bourse de Paris, le couturier Eymeric François a présenté sa collection Automne-Hiver 2004-2005. Les PariGones fidèles afficionados du jeune talent Lyonnais étaient présents au Palais Brongniart.


La neuvième collection d’Eymeric François s’est présentée sous le titre des Fleurs du Mal. On pense immédiatement à Baudelaire. Eymeric François n’a sans doute pas choisi cette référence en l’honneur de l’illustre poète mais il faut savoir que Baudelaire fut placé en pension à Lyon avant d’étudier ensuite à Paris. Un Lyonnais de Paris en quelque sorte.

Il n’a également pas choisi ce label pour le parcours du titre lui-même. En effet, Les Fleurs du mal eurent trois titres successifs.

"Les Lesbiennes" en 1845 en référence à Sapho, poètesse grecque qui enseignait les arts à des jeunes filles sur l’île de Lesbos, dans la mer Egée. Cela étant dit, Eymeric François est une sorte de poête des arts de la mode et peut enseigner l’art du beau et du vétement à nombre de femmes.

"Les Limbes" en 1848, lieu où se retrouvent les âmes des innocents qui sont morts sans avoir reçu le sacrement du baptême. En l’occurence, la femme innocente et non baptisée par la main du couturier Lyonnais pourraient les rejoindre.

"Les Fleurs du mal", le titre définitif est LE projet poétique de Baudelaire. Son but : extraire la beauté du mal, transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence. Les maux sociaux, moraux, physiques et métaphysiques constituent son terreau d’inspiration.

L’objectif d’extraction de la beauté est en tout état de cause atteint par Eymeric François. Que ce soit en puisant dans le mal ou le bien, il y parvient à la perfection. Il semble choisir sa source dans la qualité des matières et surtout le vigueur de son esprit créatif.

Belle de jour et Belle de nuit
On débute par un effet d’optique, le mal physique semble être le première source. Des épingles qui ruissellent sur du satin de soie forment les premiers frissons de contentement sur nos épidermes. L’ubiquité créée par la gémélité des deux "Belle de jour" et "Belle de nuit" - portant l’une l’argent, l’autre l’or - ne fait qu’accentuer cet effet saisissant. Le spectateur n’en est que plus attentif.

L’amaryllis Belladone et Rose de porcelaine
Les fleurs suivantes nous font passer du métal à la fausse-fourrure rose. Comme si les épingles avaient fuir le nounours effrayé par la magie noire. Eymeric François souffle le chaud et le froid pour notre plus grand plaisir. Une fois le calme rose installé, une éventail chinois fait de mousseline plissée nous évente l’esprit.

La Capucine pirouette
Le rose s’énerve un peu pour passer au fushia, la robe éventail nous avait rafraichi, la glace framboise de cette robe fendue en crêpe nous permet de savourer un plaisir visuel avéré.

La Caltha des Marais
Un oiseau nous éleve au dessus du plateau puis observer la beauté qui s’échappe de la croute terrestre.

Le Fushia nymphe
"Le plaisir débute là où commence le vertige" disait Goethe.

La Rose Acide
Le teddy bear rose nous ramène à la douceur d’un dessert. La fraise fait le dessert. Le désordre nous ramène à l’enfance. Sommes-nous des enfants pour adorer cette rose acidulée ainsi adulée ?

Le Narcisse des poètes
Les poètes sortent et vont au bal. Ce soir, c’est 14 juillet. Nous faisons bal avec de bouillants poètes.

Le ricin sanguin
Ils lèvent ensuite le camp et mettent le feu à ce qu’il en reste. Les volutes de fumées s’élève comme autant de plumes. La beauté du feu contre la beauté du diable.

L’Adonide goutte de sang
L’anniversaire des sens. La femme célèbre est célèbrée. C’est également son anniversaire.

La Perle d’Alcanada
La royauté a ouvert ses coffres forts. Elle montre ses bijoux, ses joyaux, ses rubis. Sur l’écrin de velours, ils ont belle allure et prophétisent sur la beauté du luxe. Diablement belle.

La Digitale pourpre
Le diable s’est échappé de cet écrin. Et déverse son liquide, son alcool, son éthylique breuvage. Et nous enivrent d’une violente folie physique. Et rebelle.

Le Lys régale
Quand les poètes se muent en mafiosi et les longs manteaux de la prohibition veulent nous priver de cet enivrement. Mais le fameux nectar suinte et nous atteint au plus profonds de nos sens.

Le Miroir de Vénus
Le raisin une fois pressé sur notre raison mise à nue recouvre le corps de la femme comme une nouvelle brume éthylique, un nuage de beauté.

La Mauve musquée
Du mal d’être cambriolé, vient le bien d’être démuni de notre sécheresse par la pluie puis jaillit ce voile improbable de beau dépouillement.

L’Ortie sauvage
Du mal moral pour folie, du labyrinthe hôspitalier jaillit cette fois par lacération un enchevétrement mystifiant et finalement simplificateur. Du sauvage nait la maîtrise. Unifiée et belle.

La Centaurée déprimée
Le poète choisit de dormir à Aubusson sur Yang Tsé Kiang, de se laisser bercer dans une literie où tous les rêves sont possibles. Il fait en bleu ce rêve et nous le dépose à notre chevet à son réveil.

L’Hélilot bleu
Nous plongeons. Au plus profond ? Là où la nuit remplace l’abysse. Au delà de la physique se passe se voyage.

La Momie poison
Nous sommes éjectés de l’abysse vers les constellations. Des rochers abyssaux au rochers de la voie lactée sur lesquels se déposent les coquillages de notre eau maternelle. On se revient pas indemne de ce voyage au delà de physique. De la beauté métaphysique. Le momie est la star de cette épopée.

La fleur du mal
Nous avons fait le tour de la toile, les hommes araignées vont se marier. et ils choisissent la beauté du diable pour convoler avec malice avec la mariée maléfique le plus attirante qui soit. De tous ces maux endurés, ils sont subjugées par cet accomplissement total de la sublimité.

Pour conclure sur un tel éclat citons Charles Baudelaire dans "Hymne à la beauté" :

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Un grand MERCI à Eymeric pour cette touchante ôde à la mutation du mal en beauté. Merci pour tant de poésie.


La collection complète

Belle de jour : Pluie d’épingles or et argent sur long négligé de satin de soie hirondelle

Belle de nuit : Pluie d’épingles or et argent sur long négligé de satin de soie perle

L’amaryllis Belladone : Manteau de fausse-fourrue rose pailleté sur corset-maillot noué de satin duchesse rose

Rose de porcelaine : Négligé de mousseline rose pâle plissé et noué

La Capucine pirouette : Robe fendue de crêpe fushia voilé de dentelle bleutée

La Caltha des Marais : Trench de satin duchesse shocking et sa robe de cocktail coordonnée

Le Fushia nymphe : Long négligé à décolleté "vertige" de satin fushia plissé soleil

La Rose Acide : Manteau de faux-vision "pink" sur fourreau en en désordre de zips rose acide

Le Narcisse des poètes : Petite robe bouillonnée de taffetas chageant rose-rouge

Le ricin sanguin : Fourreau corseté de satin de soie sang rebrodé de plumes

L’Adonide goutte de sang : Longue robe tressé de rubans de satin sang

La Perle d’Alcanada : Fourreau de velours carmin fleuri de dentelles rebrodées

La Digitale pourpre : Mini-robe de dentelle pourpre nouée de satin bordeaux

Le Lys régale : Long trench de satin duchesse violet sur robe-bustier de dentelle brodée

Le Miroir de Vénus : Fourreau "seconde peau" en dentelle violette nuagée

La Mauve musquée : Voile arachnéen de dentelle auve brodée

L’Ortie sauvage : Labyrinthe corseté de sangles mousse

La Centaurée déprimée : Manteau de faux-vision "blue" sur robe chinoise de dentelle boutonnée

L’Hélilot bleu : Fourreau vrillé de velours bleu abyssal

La Momie poison : Long fourreau corseté en volants de satin pétrole rebrodé de perles indescentes

La fleur du mal : Mariée en négligé de dentelle laquée et cuir noir

Toute la collection en photos est sur le site www.eymericfrancois.org

JéM
www.parigones.net
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