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La Véritable Auvergne
 

Chacun sait que la France, c’est Lyon, avec deux ou trois choses autour. Dans les choses en question, il y a l’Auvergne et sa vieille magie à la portée de tous. Dont je ne me suis toujours pas remis.


L’Auvergne ne fait plus peur. On imagine un long pays un peu ennuyeux, parsemé de pneus Michelin, de vieux Présidents, de statues de Vercingétorix et de musées du volcan. On y croit les gens un peu bêtes, parce qu’ils se gênent devant les visiteurs. L’Auvergne évoque l’eau minérale en bouteilles de 2 litres. Elle sent le tourisme vert, la montagne à vaches, et l’œuf dur au fourbe tempérament, celui qui étouffe le randonneur à l’heure du casse-croûte.

Ce n’est pas la véritable Auvergne. La vraie, je viens de la retrouver dans les pages d’un vieux roman d’Henri Pourrat, Gaspard des Montagnes. Elle est dure, froide et dangereuse. Les sapins n’y font rire personne. On ne sait pas ce qui peut sortir du bois. Les mendiants peuvent cacher un couteau. On s’y tue dans la neige, sous les cris des corbeaux, vers la Noël.

La vie y coule tranquillement - c’est-à-dire avec sa dureté de pierre des volcans, noire et sèche comme un ordre d’exécution. La douceur y est rare. C’est un monde qui se bat contre tout, et au passage contre lui-même. Gaspard des Montagnes s’y promène encore, avec sa besace, son bâton et son chien qui va.

Gaspard, c’est un livre solide, plein de chaleur, de compagnie et de contes de bonne femme. Il se déroule d’Ambert à Olliergues, le long de la Dore et des moulins des papetiers, ou dans les burons des hauteurs. Tout ce qui en sort surprend, parce que tout est à la fois proche et familier, comme une ombre qu’on devine, encore lointaine. Nous avons tous un peu d’Auvergne quelque part, que le livre ranime. Il brille doucement dans le noir, comme un brandon dans l’âtre, et il laisse heureux comme lorsqu’on était enfant.

« La vieille histoire sans bon sens, et qui n’a ni père ni mère, se lève de l’ombre et s’emmêle au bavardage des veillées. On a parlé de cinq ou six, aux yeux vifs, aux lèvres mouillées, d’une au grand cœur ; de vingt garçons, d’un surtout… »

La Vieille y raconte l’histoire de Gaspard et d’Anne-Marie, au temps du Grand Napoléon. La pauvre Anne-Marie, pour avoir coupé deux doigts d’un bandit introduit dans la maison de son père, grandit sous un ciel d’orage, protégée par le courage et l’amour inavoué de son cousin. Passent en fond, comme un décor, la Révolution, le Premier Empire et les Cosaques qui vinrent camper jusque là, une fois l’Empereur exilé. Que dire de Gaspard ? C’est l’homme têtu, la nuque roide, avec ses ruses et ses rires, ses farces et ses envies de meurtre, ses amours sans espoirs et ses haines tenaces, son goût de la farce et son instinct de vengeance. Toutes les tortures d’une âme droite qui cherche la route la plus juste, mais sait aussi qu’on ne lutte pas contre tout ce qui remue sous la pierre. Il déborde de sa peau, il n’y tient plus, il est trop grand pour lui-même. Il remplit tout un roman.

Pourrat a écrit ces mille pages, qui valent toutes les Iles au Trésor, en gobant des œufs crus, pour ne pas mourir de la tuberculose. On croyait que c’était un remède qui ralentissait un peu la chose. Il devait toujours passer le lendemain. Ses voisins l’appelaient le « pas-pressé ». Il vécut jusqu’à 72 ans, en enterrant ses deux frères. Il est simple - sans naïveté, sans mièvrerie, ce qui est le plus difficile. Il sauve le monde par l’amitié, comme Jules Romains, comme Louis Pergaud.

« Ce que nous n’avons pu faire, eh bien, que nos amis sachent le faire pour nous ».

Il y a là une telle douceur simple, dans la façon d’accepter la vie, qu’elle me touche et me met aux yeux les larmes d’un enfant. Il enseigne qu’on ne peut pas tout, et que ce n’est pas si grave. Il parle de la nature et de l’amitié. Il fait tenir Virgile dans un fromage de chèvre, disait Vialatte.

« Va maintenant, va, vieille histoire, descends des plombs et des soixante puys, de ces pays d’air bleu, de pierre noire, pays du peuple aux os durs, nos pays. Va vers ceux là que l’Auvergne accompagne… ».

En juillet ou en août, peut-être, j’irai marcher vers Montfanon, vers Pierre sur Haute, vers Surmontargue. Je serai seul avec l’Auvergne. J’irai rôder autour de Chènerailles, la maison aux sept portes. Je pourrai me raconter ces contes et ce pays comme j’en ai envie, sans façon, comme on mange dans la cuisine de sa famille. Plus le vieux temps s’éloigne, plus il est un songe. J’irai bien rêver un peu à sa rencontre. Et je vous laisse volontiers à toutes vos Espagnes, à tous vos Eldorados.

Padre Pio
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