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Interview de Vikash Dhorasoo
 

A la veille de rencontrer le PSG, mercredi 4 décembre, le milieu de terrain lyonnais, longtemps méprisé par le monde professionnel, dit ’accepter enfin le système’.

Lyon de l’envoyé spécial du Monde - Gérard Davet


D’abord décrypter ses silences, ses sous-entendus. Chez Vikash Dhorasoo, le milieu de terrain de l’Olympique lyonnais, tout est dans le non-dit, le regard appuyé, le sourire malicieux. Il sait trop d’où il vient, à quel point le milieu du football a bien failli en faire son paria. Trop brillant, trop facile, trop sincère aussi. Trop différent, tout simplement. Cette originalité, longtemps portée comme un fardeau, il la cache aujourd’hui. Il faut la débusquer au hasard de ses phrases.

’Je ne veux parler que de foot, dit-il, à la veille de rencontrer le Paris-Saint-Germain, mercredi 4 décembre, au Parc des Princes. Lyon est remonté en tête du championnat, Paris est en crise. C’est un beau choc. Si on arrive à les rendre impatients, à provoquer quelques sifflets dans le public, on va faire douter le PSG.’ Puis il lâche, comme s’il voulait convaincre, encore une fois : ’Le football, c’est la chose la plus importante de ma vie.’UN TRUBLION DU BALLON ROND

Il semble heureux. Enfin. On ne l’avait jamais vu aussi rayonnant, aussi constant dans ses performances, aussi serein dans sa vie. Vikash Dhorasoo, international à deux reprises, en 1999, plane sur le championnat de France. Récupérateur, créateur, animateur, ce trublion du ballon rond enchaîne les bonnes performances.’Je suis bien dans ma peau, explique-t-il. Je me suis libéré, mentalement et psychologiquement. J’avais des doutes sur mes capacités à jouer pied au plancher. Quelque chose me bloquait. Là, j’ai l’impression de me découvrir. Vikash Dhorasoo, 29 ans, footballeur atypique, au format de poche presque anachronique dans le football moderne.’Quand je vois un gros balèze, j’essaie de l’éviter...’, s’amuse-t-il. Longtemps, on l’a taxé de dilettantisme, lui reprochant ses attitudes distantes, ses sourires un brin moqueurs. C’est qu’il ne correspondait guère, lui, le soliste, aux canons habituels du footballeur : langue de bois imposée, référence obligée au sacro-saint collectif.

Longtemps, donc, Vikash Dhorasoo a détonné, gêné, et cela explique aussi son parcours contrasté. A Lyon, il a fini par se brouiller avec son coéquipier Grégory Coupet, puis avec son entraîneur, Jacques Santini. En équipe de France, il aurait eu le malheur, lors d’un entraînement, de tenter puis de réussir deux ’petits ponts’ sur Frank Lebœuf, ce qui lui aurait valu un exil définitif, loin des Bleus.

Vikash Dhorassoo assure avoir appris de ces expériences : ’Il ne faut pas être con, ni buté. J’ai admis l’importance des vestiaires, de la vie de groupe. J’accepte enfin le système. Mais tout ça, c’est du réchauffé. Je vous le dis, je suis un simple joueur de foot...’ Facile, tellement facile. Il sait bien qu’il ne trompe personne.’Je vous assure que je ne cultive aucune différence, je n’entretiens aucune image. J’adore vraiment le football. On m’a collé une fausse image, je ne suis pas individualiste, et j’ai toujours été fidèle à ce discours. Il dit ne pas rechercher cette différence qui lui pèse tant, il l’assume, c’est tout. Elle lui vient de son passé, de ses origines, de son mode de vie. Vikash Dhorasoo, fan de mathématiques, a son bac A1, il s’est inscrit en faculté, il vit en ville, lit des livres à la mode, et écume les grands restaurants de la région lyonnaise : Bocuse, Troisgros, Blanc, la ’sainte trinité’ des plaisirs de la bouche. Il s’occupe de sa petite Rose, 9 mois, et admire sa femme, ’qui s’est sacrifiée et a lâché ses études d’histoire de l’art pour moi’.

La vie l’intéresse, tout simplement, au moins autant que le terrain de football. Il a ses colères, ses mépris, et il ne s’en cache pas. Ainsi, il n’aime guère la télévision, et encore moins TF1 : ’Je n’ai même pas installé cette chaîne sur ma télé. A TF1, ils font rêver les gens, pour mieux leur faire comprendre qu’ils sont misérables. Jean-Pierre Pernaut, c’est le comble, c’est insupportable.’ Vikash Dhorasoo regarde plutôt ’Arrêts sur images’, l’émission de décryptage de la télévision, sur Arte.

La politique a bien tenté de le récupérer, évidemment. Un tel client, célèbre et à part, est forcément porteur : ’Je m’intéresse à la politique, mais si c’est pour aller dans les cités et dire ’Sois footballeur, tu seras riche’, j’ai autre chose à faire.’ Il n’a pas aimé la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle : ’J’ai écouté les interviews de gens qui ont voté Le Pen, on ne peut pas imaginer ce qu’ils vivent dans leur quotidien. Mais de là à voter Le Pen, ce facho... Moi, je vote, car je veux rester connecté à la vie réelle. Les Bleus ? Il y pense, sans plus : ’Je ne vais pas me faire du mal pour rien, ni entretenir de faux espoirs. Je vis bien sans les Bleus. Je n’ai pas été triste devant mon téléviseur, cet été, quand ils ont été éliminés de la Coupe du monde. Aujourd’hui, c’est tout pour le championnat, avec Lyon, et il reste aussi la Coupe de l’UEFA. Et puis, je sais que j’ai le niveau pour jouer en équipe de France, ça me va. Pourtant, il garde une certaine rancœur de son bref passage chez les champions du monde. ’Ça ne s’est pas super bien passé. On m’a jugé sur un match, contre Andorre. Une équipe qui n’évoluerait pas en quatrième division ici ! Je suis capable de mieux. Quant à l’histoire du petit pont... Il fallait le mettre sur la convocation, qu’il était interdit de faire un petit pont à Lebœuf ! Je ne serais pas venu. A l’époque, on m’a pris car j’étais à la mode, c’est tout. Mais je n’ai pas de problèmes avec Santini, je ne suis pas dans sa tête. Vikash Dhorasoo ne s’embarrasse plus de problèmes, il a fait le tri. La maturité, peut-être.’Je prends du plaisir avec Lyon. Là, on joue, on essaie de passer dans l’axe. Faut pas oublier que le but, il est quand même au milieu du terrain.’ Originaire de l’île Maurice, il n’y retourne plus très souvent. Un court séjour, de temps à autre. Il sait trop bien à quel point, derrière le décor de rêve et les eaux transparentes, la vie n’y est pas si simple.’Ce n’est pas qu’un paradis à touristes. Il y a beaucoup de racisme et de pauvreté, là-bas.

Gérard Davet

JéM
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