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Le Billet d’Amour de Pierre :
 

Méfiance ou confiance

Pierre Cahuc et Yann Algan, chercheurs au Cepremag (Centre pour la recherche économique et ses applications) se sont penchés sur « la défiance à la française » en réalisant une étude sur ce thème auprès des différentes communautés nationales. Un autre Pierre, en a tiré un la substantifique moelle pour les PariGones...


Tout d’abord un grand merci est envoyé par l’auteur de ce billet à la journaliste de l’Express Julie JOLY qui par son article dans le n° 2933 à très largement inspiré Pierre.

Est-il possible de « faire confiance aux autres » ?

A cette question, avec un taux de 22% de réponses positives, la France est à la 24ème place juste devant le Portugal et la Turquie. Les français sont loin des Pays du nord de l’Europe avec des réponses à la même question entre 67 et 58%. Quand le score des US et Canada est de 45%, celui de la Chine est de plus de 57% ! Marrant, non ? Pas tant que cela en fait. Quelles sont les conséquences de cet état d’esprit généralisé.

Le titre de l’étude de nos deux chercheurs en dit long : « La société de défiance. La société française s’autodétruit ». Si nous allons plus loin, Si les français acceptaient les mêmes réformes que les suédois, « ils pourraient augmenter leurs revenus de 5% et faire baisser le chômage de 3 points ». Au cœur de la dialectique, la vieille bataille, quasi philosophique, entre les intérêts individuels et collectifs. Dit autrement pour que « je gagne, tu dois perdre ».

52 % des Français pensent qu’il faut être corrompu pour réussir !

Point de salut pour l’ambition, le rêve, l’aventure, l’audace et donc l’effort indispensable à produire. La France s’est endormie dans la société de l’effort, elle se réveille dans la société du résultat avec une grosse gueule de bois. Le PMU et la Française des Jeux ces marchands de rêve sans stratégie personnelle ont de belles années devant eux, et c’est tant mieux car sans lobbying, ni piston ces deux grands du hasard sont des clients pour les uns, des prospects pour les autres. A cette question, seuls la Russie, la Pologne et le Japon font pire avec respectivement 88%, 74% et 53%, belle brochette de vainqueur ! A titre d’exemple, seul 10% des norvégiens et 20% des américains sont dans le même état d’esprit.

Alors, c’est vrai, les situations géo-politiques ne sont pas toutes équivalentes et le score de la Russie nous invite à regarder en détail l’histoire récente d’une nation qui sort de 70 ans d’économie dite « communiste » dont le passage à l’économie de marché c’est réalisé par une spoliation des richesses collectives par certains cadres de l’ancien régime. Et pour nous, petits frenchies, imaginer que plus de la moitié de la population puisse penser que pour atteindre les sommets (de quel sommet parle-t-on ?), il faille être corrompu, donne une raison de plus de croire que tout est joué d’avance. Quel impact sur la confiance en soi, le désir d’inventer, le plaisir du partage et de la co-construction ? Ce scénario mental d’un déterminisme social qui éloigne le péquin moyen à s’interroger bien malgré lui d’ailleurs ! Que puis je faire de plus, de mieux pour le bien commun ?

Il est normal de toucher une aide publique indûment !

Incroyable mais vrai. La France est bonne dernière de la classe des 20 pays les plus riches, en matière de recours à la fraude. En effet, seulement 38 % des français trouvent « injustifiable de réclamer indûment des aides publiques » contre 87% des danois, 73% des américains, 73% des italiens (là je vais demander un contrôle, mais bon je m’égare, j’ai confiance). D’ailleurs, le magazine canadien Reader’s digest organise chaque année le même test : 20 portefeuilles abandonnés sur la voie publique, chacun contient 50 dollars et les coordonnées du prétendu propriétaire. Verdict : 100% des portefeuilles sont restitués dans les pays nordiques (ils m ’énervent ces mormons), 61% en France et 28% en Italie. Quand 90 % des danois jugent impensable d’accepter un pot-de-vin, moins 60% des français les suivent, ils sont 21ème sur…21, beau score !

Alors pourquoi de tels résultats ?

Pour les auteurs de l’étude, l’héritage de la seconde guerre mondiale et notamment l’Occupation et Vichy ont laissé des traces : le corporatisme et un état dirigiste. Mieux encore, le cocktail unique au monde et particulièrement nocif : les droits sociaux liés aux statuts individuels et aux professions développent et institutionnalisent les divisions. La mise en concurrence morale entre pompiers et Samu en est encore un exemple d’actualité. La France est un pays Jacobin et corporatiste.

Pourquoi plus d’état devrait obligatoirement dire plus de solidarité ou plus d’efficacité ? Le cercle vicieux de la non réforme s’installe : les inégalités attisent les jalousies, les dérogations multiples freinent les élans de solidarité, mettent à mal la cohésion nationale (sauf quand on gagne une coupe du monde alors « Allez les Bleus ! »), l’intervention de l’état sur tout et n’importe quoi (les chiens qui mangent des enfants, les faits divers qui glacent le sang), vide l’action syndicale, associative, individuelle de leur sens. Que fait l’état pour moi ? Voilà la belle question à 100 € !

Bien choyé mais insatisfait, les français couvent leurs rancœurs, confondent individuation et individualisme, piston et référence dynamique, deviennent les champions du monde du cynisme. Les sarcasmes et l’ironie sont presque un modèle de communication dans l’entreprise. Comment lutter contre les vols à la tire quand un citoyen de bonne famille achète un autoradio tombé du camion ?

Je me souviens avoir interviewé le patron de la sécurité d’un site industriel réunissant 15 000 personnes ouvriers, employés, cadres, dirigeants. Ce brave homme m’expliquait, non sans humour, qu’un camion entier livrant 500 ordinateurs portables fut complètement dévalisé en moins d’une heure, dans l’enceinte même de l’entreprise par des salariés !

Alors membres de la communauté nationale, mettons-nous au dialogue citoyen, à l’exemple citoyen, à la transparence citoyenne, à l’équité citoyenne, au courage, à la solidarité, à la confiance retrouvée citoyenne.

Pierre Smilovici Directeur Associé de LVDH

JéM
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