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Billet d’Amour de Pierre : Révolution ou Bulle ?
 

L’Internet aura t-il des effets sur la pensée des Hommes ? « Démocratie cognitive » ou « sous-culture généralisée » ? De quelle révolution parlons nous ? Quelle frontière entre réel et virtuel, entre le rêve et la réalité ? Telles sont quelques questions auxquelles Pierre Smilovici essaie de répondre dans son Billet d’Amour.


L’écriture et sa diffusion par l’invention de l’imprimerie fut LA « révolution symbolique » de l’espèce des Hommes. Jack Goody a consacré plusieurs ouvrages sur l’impact de l’écriture sur notre cerveau et la société. L’écriture comme « technologie intellectuelle », tremplin de la pensée, démultiplicateur de mémoire, stimulant du raisonnement . Formidable accélérateur d’innovation, d’idées, de réflexions, les pratiques ont pu traverser les frontières du temps et des espaces.

La civilisation de l’écrit a donné naissance à la société du savoir et à des changements cognitifs. Quel est le poids de la culture de l’oral dans les dysfonctionnements patents chez nos clients ? En quoi le passage à des pratiques orientées vers l’écrit ont été de bonnes recommandations ?

Le Web, l’internet auront-ils les même effets sur la pensée des Hommes ?

Déjà intégrée comme la « troisième culture » au côté du pouvoir de la culture académique et de celui des médias. Le succès du web vient du fait qu’il accélère le dialogue. Les sites personnels, associatifs, les forums, les blogs sont les manifestations concrètes dans un monde virtuel d’un changement majeur : le temps de la communication vient de supplanter celui de l’information !

L’information monolithique, condescendante, verticale et majoritairement de haut en bas, a l’image de l’élite qui s’adresse à la masse des gueux. La communication, horizontale, où l ’émetteur devient récepteur et vice versa, tour à tour, client puis fournisseur, puis à nouveau client, etc.

Les frontières d’hier matérialisées deviennent môles avant de disparaître. L’espace public devient un lieu d’expression individuelle jusque-là réservé à la sphère privée. C’est le retour des collectionneurs et des passionnés en tous genres qui sont les premiers acteurs d’un « tiers état culturel ». Le pouvoir se prend, le bruit devient la mesure de l’impact produit sur un public variable, protéiforme, pachydermique, instable, infidèle, critique, acerbe, intelligent.

Alors « démocratie cognitive » ou « sous-culture généralisée » ?

Joël de Rosnay (non pas le champion de planche à voile, le gars qui a merveilleusement rendu accessible la compréhension de la complexité, notamment dans le MACROSCOPE, Ed Points) propose une conception attractive : « Le web c’est la révolution du ProNetariat », rien moins qu’une nouvelle lutte des classes centrée sur la maîtrise du SAVOIR.

D’autres s’inquiètent comme Michel Onfray d’un « amateurisme culturel » superficiel et médiocre où l’on trouve le pire…comme le meilleur. Car internet c’est bien çà, à l’image de son concepteur-utilisateur : l’HOMME, formidable machine du tout ET du rien.

Premier constat, la troisième culture ébranle la seconde (le monde de l’édition et de la presse). Exemple Radiohead qui sort du girons de sa maison de disque, distribue sont dernier album sur le net et donne le choix aux consommateurs de fixer le prix. Belle expérience de marché ouvert et d’échange de valeur. Les majors tremblent !

- Il existe à première vue une corrélation entre baisse des ventes des libraires et journaux aux US et accroissement du nombre d’internautes. En France 28 millions d’internautes en février 2007 (+7 % par rapport à 2006) dans un marché de la presse et de l’édition en baisse. Alors cause ou conséquence ?
- L’e-book est pour l’instant un échec, la BD, le roman, les biographies semblent faire face à la concurrence de la toile. Les ouvrages particulièrement menacés ont les caractéristiques suivantes :
- Lecture en discontinu, que l’on consulte (Dictionnaires, encyclopédies, manuels techniques, ouvrages spécialisés a coût élevés). D’ailleurs, le web pouvant permettre une seconde vie (second life !) à ces ouvrages limités dans leur version papier au volume, aux couleurs, à l’image, aux mises à jour, baisse de la production et de la diffusion.
- Comme sa grande sœur la révolution industrielle, la révolution numérique est un processus de « destruction-création ». Il nous faut regarder en détail des secteurs en crise et d’autres en plein « boom » ; au global la moyenne est à la hausse, la consommation de culture va grandissante et déstabilise le « deuxième pouvoir ».

Qu’en est-il pour le premier ? Celui des institutions académiques ?

A la genèse Internet est un outil qui se propage dans le milieu scientifique : échanges de courriels et de documents. Le mouvement récent des archives ouvertes accélère la vitesse de propagation des informations dans certaines communautés savantes. Mais l’activité scientifique n’a pas changé. Le grand réseau mondial aurait pu devenir une formidable plateforme de travail collaboratif asynchrone (études comparatives, laboratoire décloisonné, base de données internationales). Les sites des institutions notamment en sciences humaines sont informatifs et non collaboratifs, les colloques en ligne, les expérimentations décentralisées, mutualisations de ressources… semblent rares.

De quelle révolution parlons nous ?

Comme la fin annoncée de l’enseignement traditionnel par l’audiovisuel dans les années 70, puis l’ordinateur dans les années 1980, depuis 1990, le e-learning. De quelle révolution parlons nous ?

Proximité, vulgarisation, simulation, mutualisation, partage, knowledge. Le Cyber-prof pour quand ? Surtout comment ? Pour André TRICOT dans « Apprentissages et documents numériques », (Ed Belin, 2007) l’importance de l’inhibition dans l’apprentissage est majeure. Il est nécessaire de mettre en sommeil certaines compétences et savoirs pour en acquérir de nouveaux. La surabondance informationnelle entraine un coût cognitif élevé qui peut provoquer des phénomènes de surcharge.

Oui, la révolution a lieu pour les travailleurs du savoir. Des milliers de bibliothèques d’Alexandrie à porté de clics.

Comment créer des communautés savantes ?

Cela suppose des conditions particulières :
- Des projets d’études collectifs
- Une capacité individuelle à l’écoute, cad à se laisser influencer
- Un désir et un capacité collective à la coopération

Enfin une utopie réaliste, la réconciliation du couple mythique Karl Marx-Adam Smith, individualisme collectif ou collectivisme égoïste. Alors « soyons réalistes, exigeons l’impossible. » Che Guevara : « Il s’agit moins de penser d’avantage, que de penser autrement. »

En dématérialisant les supports, internet s’affranchit de l’espace et du temps. Les conséquences majeures :
- Accès quasi illimité à l’information
- Diffusion quasi illimitée de l’information
- Echanges quasi illimités des points de vues

En dissolvant les distances, explosant les digues, rayant les frontières, l’instantanéité devient la règle. Partout et tout le temps nous fait faire le lien entre Platon (le salut est ailleurs dans un autre temps) et Epicure (champion de l’immanence : ici et maintenant). La révolution Platonicienne ouvre l’ère du monothéisme, la révolution internet renforcera l’hédonisme athée.

La dématérialisation casse la logique de « l’original », la logique de possession et donc de propriété. Hier encore une matérialité de pacotille : la disquette, le disque dur, demain un simple lien sans besoin de télécharger un accès permanent au contenu. Le lien devient plus important que les objets reliés eux-mêmes. L’internet a donc commencé à ébranler « l’avoir ». Les avatars, second life, archétypes virtuels touchent à « l’être ». Bientôt la proximité physique et le réalisme d’une réunion à distance réclameront un effort d’imagination pour se dire que l’interlocuteur est à des centaines de kilomètres.

Quelle frontière entre réel et virtuel, entre le rêve et la réalité ?

Les frontières deviennent incertaines, du coup, sont elles encore pertinentes ?

- Accenture recrute sur second life, les chasseurs de têtes dans certains secteurs étroits comme la com’ n’auront plus d’utilité. La communauté des travailleurs de la com’ se connaît, se reconnaît , s’autorégule, les transferts se font comme dans le foot, mais sans attendre la trêve, pourquoi faire ?
- Le dialogue intérieur devient affichable, mes sous personnalités deviennent avatars vivants pour de vrai dans un monde virtuel-réel. Qui n’a pas rêvé comme moi de n’être qu’un cerveau dans un bain d’endomorphines. Les sensations qui émanent du dehors traduites dans le langage du cortex. Le corps peut bien disparaître !
- Ok j’arrête, comment retrouver la saveur d’un cassoulet, d’une Côte Rotie ou d’un Montus 94 ? comment vibrer sous la caresse virtuelle d’une nymphette préprogrammée ?

En fait les phantasmes philosophiques sont en train de devenir des expériences cognitives. Le bouleversement du rapport à la distance et au temps remet en question des notions simples comme le « à deux pas de chez soi ». Tu trouves plus facilement le bouquin sur l’histoire du Haka sur le blog de ce junior du club de Wellington que dans ta librairie locale.

En effet, le « où » et « quand » composantes génétiques de tout évènement se délitent, le « ici et maintenant » virtuel deviennent « partout et tout le temps ». Les lieux deviennent métaphoriques le temps non linéaire. Les cartes changent quand les lieux deviennent équidistants ! Chacun à portée de lien de chaque autre, le lien est plus précieux que les objets.

- Internet dissocie matérialité et action. Les objets immatériels deviennent support d’action, la souris me permet de baisser le son de la musique, feuilleter un livre, tester un nouveau maquillage
- Internet c’est surtout la caverne d’ali baba de la connaissance documents inertes et interaction humaine, lieu de partage par excellence. Pour autant, posséder tous les livres du monde ce n’est pas avoir la connaissance. Encore faut-il les lire !.

La question devient : comment apprendre avec la révolution Internet ?

Le contenu est disponible par tous, tout le temps, comment devenir des pédagogues du contenant, des structures mentales capables de bonifier et de transformer en actions positives nos pratiques ? "Apprendre c’est changer", comme dirait l’autre !

La causalité devient circulaire, l’information nourrit l’action qui nourrit l’information, qui nourrit l’action, etc au début il n’y a pas la poule ou l’œuf, si il y a la poule alors il y a l’œuf et vice versa. Pour profiter de la connaissance stocker dans cette mémoire externe il faut être cultivé !

Et voilà la boucle est bouclée, je me félicite pour cette brillante démonstration, quelqu’un pourrait oublier de le faire à ma place. Ce qui est sûr c’est que l’outil internet devient contributeur majeur du bouleversement qui va s’opérer dans nos façons d’apprendre. Donc nos façons de changer, de s’adapter et d’anticiper.

L’apprentissage comme la causalité passe de l’état linéaire à la complexité de l’itération, circularité dans le passé, le présent, et le futur, (cf Minority Report).

L’apprentissage devient une promenade dans le champ conceptuel à acquérir. Les nouveaux professeurs seront des mutants, de super navigateurs (cf DUNE), l’interface de navigation devient condition sinéquanone de l’exploitation des données au risque de se perdre et d’être moins productif que les systèmes d’apprentissage traditionnel. Internet est une prothèse mémorielle qui ne nous dispense pas de réfléchir. Avoir des idées, ce n’est pas penser !

Le web est une extension de notre corps. Biologiques ou virtuels nos membres font grandir notre potentialité, notre capacité d’agir sur le monde. Comme les nouveaux membres de notre communauté nous permettent de poursuivre nos buts. Lorsque le monde sensible se concevra dans et avec internet, ce sera la révolution !

Car Paul Otlet (1868-1944) écrit en 1934 : « Ici, la table de travail ne serait plus chargée d’aucun livre. A leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements… De là, on se fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la réponse aux questions posées par téléphone, avec ou sans fil. (…) Utopie d’aujourd’hui parce qu’elle n’existe nulle part, mais elle pourrait bien devenir la réalité pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. »

Après son Traité de documentation en 1934, considéré comme l’ouvrage de base de la documentation moderne et malgré une reconnaissance internationale, l’aspect utopique de ses projets l’isole peu à peu. Devenu aveugle à la fin de sa vie il meurt en 1944. Son œuvre sombre avec lui. (cf L’homme qui voulait classer le monde, Françoise Levie, Ed. les Impressions nouvelles, 2006).

Pierre

PS : Ah oui, au fait, on vie une époque formidable, le temps de la relation est là. Plus de virtuel génère plus de lien physique. On se rencontre sur Meetic pour se toucher ! Ne l’oubliez pas, merci à Jean François Dortier, Xavier Molénat, Emmanuel Sander, à ma mère, à mon père qui me disait toujours : « toi quand les cons voleront tu seras chef d’escadrille », c’était prémonitoire alors merci papa.

Pierre
Gouailleur philosophique
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